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House of Harlequin

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Karina Bisch, Painting for Living Robes Alphabet

Depuis 2012 Karina Bisch s’exerce à une peinture vivante et soyeuse qui se noue et s’entortille autour des cous.
 Une ligne chamarrée de foulards et d’écharpes mélangeant allègrement thématique carnavalesque et motifs corporels, figures déjà présentes dans le travail pictural de Karina Bisch depuis 2011.

Le couturier Yves St-Laurent affirme que : «Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme ce sont les bras de l’homme qu’elle aime.»1

Karina Bisch est amoureuse, car ce séduisant aphorisme décrit à merveille les charmantes mains baladeuses qui tapissent ses foulards et chatouillent la nuque du porteur en gigotant au gré de ses mouvements. Des mains de maître marionnettiste tirant les ficelles d’un rapport décomplexé (parfois même déviant) au modernisme et ses différents agréments qu’apprécie Karina Bisch.

Le motif Arlequin, pourtant doté d’une grille sévère (réalisée avec toute la minutie et le sérieux qu’on imagine du peintre abstrait à l’œuvre) appliqué aux étoles, possède autant de variantes que de caractères pour qui l’apprécie et s’en déguise. Violet, vert, jaune, pour les festivaliers du carnaval de la Nouvelle-Orléans; jaune, rouge, noir, pour le tissu Foire’Fouille ou plus sobrement noir et blanc.

Karina Bisch Painting for Living

À ces traditionnelles juxtapositions colorées Karina Bisch superpose les siennes, plus rêveuses et festives où les losanges multicolores chatoyants expriment tour à tour les multiples facettes du malicieux personnage et celle toutes aussi facétieuses de ses productions qui se jouent du rapport art/artisanat. Si la peinture sur soie a longtemps été reléguée au rang d’activité de seconde main et de pratique amateur, son nouvel amateur est instruit (et futé), il connaît la richesse culturelle et technique d’une histoire allant, entre autres, de la luxuriance des soieries traditionnelles chinoises, à une pratique pédagogique de choix à l’école Steiner ou à l’expressivité des soieries hippies.

Karina Bisch le sait également en l’éloignant, par ses joyeuses arlequinades, des sèches frontières de ce qui se doit d’être appliqué et de ce qui ne doit pas l’être car la nature conflictuelle des hobbies, superposée au statut marginal des travaux manuels féminins, parvient à construire un espace et une pratique où la surprise et l’hybridation apparaissent.

N’oublions pas à ce sujet qu’Arlequin est le maître des retournements de situations imprévus et que le petit foulard non content de son singulier statut se transforme et se meut en une gigantesque toge prête-à-porter pour une performance-farandole (Robe Trismégiste, 2013) ou une joyeuse banderole tout en souplesse (La moderne, 2013) recouvrant les murs sous son soyeux passage.

La peinture sur soie désormais réhabilitée et débridée, s’éloigne des jugements de valeurs qui la condamnèrent jusqu’ici. Karina Bisch, en la pratiquant, imagine, se réapproprie et performe de nouvelles identités au travers de typologies féminines. ◊

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FD. Comment est apparu le projet Painting for Living ?

KB. Dans mon travail, la peinture investit tous les champs, les tableaux bien sûr, mais aussi les objets, les tentures, les décors et les costumes. Le projet Painting for Living est né dʼun désir de relier mon travail lié aux costumes à une pratique plus directe du vêtement, de lʼaccessoire, de se confronter plus directement à lʼart dans la vie. Comme le dit Sonia Delaunay : «Si la peinture est entrée dans la vie, cʼest que les femmes la portaient sur elles».

 

Vois-tu le projet Painting for Living comme une marque ou comme une extension expérimentale de ta pratique picturale ?

Cʼest un projet artistique qui sʼinscrit clairement au sein de mon travail mais qui propose une autre voie, peut-être plus expérimentale, plus complexe, car les formes quʼelle emprunte (foulard, robe, coussin) brouillent délibérément les pistes de «lʼœuvre dʼart». Il sʼagit bien ici dʼavoir un seul et même objet qui soit à la fois foulard et tableau.

 

Pourquoi le choix de la peinture sur soie ? Est-ce lié à un besoin de réaliser des costumes spécifiques pour tes performances ou à ta relation ludique et biaisée au modernisme que tu connais bien ?

Jʼai commencé à faire mes premières peintures sur soie lorsque jʼavais 7 ans, et jʼai toujours pensé y revenir un jour.
 Le processus est si proche de la pratique de la peinture (tendre une toile sur un châssis, peindre avec des pinceaux ou des brosses, mélanger des couleurs, etc.) que cela mʼa semblé une évidence dʼutiliser la peinture sur soie pour réaliser ce projet de «peinture-à-porter». Il est certain que ce projet provient directement de la réalisation des costumes pour les performances, mais ceux-ci sont toujours réalisés avec des matériaux rudimentaires (toile, plastique, agrafes) alors que lʼutilisation de la soie me permet de créer un vêtement précieux et plus autonome. Bien entendu, je garde toujours à lʼesprit les relations que les avant-gardes historiques ont eues avec les pratiques artisanales, qui ici trouvent une nouvelle aventure.

 

Tu soignes également la présentation de tes écharpes par la création de présentoirs spécifiques (un paravent châssis, un bonhomme entoilé, des porte- bracelets) qui se jouent de certains éléments déjà présents dans ton travail. Quels statuts leur accordes-tu ?

Les paravents et les mannequins sont des éléments très présents dans mon travail artistique. Lors de la présentation de la première collection de foulards, en 2012, de sculptures ils devenaient à la fois décors et présentoirs : ils servaient, à recréer lʼambiance dʼune «boutique». Et ils me permettaient aussi de renforcer lʼambiguïté propre à ce projet, qui est ce va-et-vient constant entre lʼart et le craft.

 

Les systèmes narratifs et de références que tu utilises dans le projet Painting for Living sont-ils aussi précis que ceux que tu utilises habituellement dans ton travail ?

Oui, bien sûr.

Si lʼon prend le projet des foulards de 2012, ils sont le prolongement dʼune série de tableaux, tentures, sculptures ou installations que jʼai réalisé autour de la figure dʼArlequin : les motifs en losange qui font directement référence à son costume, avec des combinaisons colorées illimitées, associés à des silhouettes de bras et mains, qui ne sont autres que les miens. On sʼenroule dans les bras de lʼartiste ou lʼon est étranglé par lui ?

 

Tu travailles sur une nouvelle série utilisant des motifs de lettres ? D’où vient cette idée de kimono alphabétique ?

La nouvelle collection de Painting for Living sʼappelle Robes Alphabet.
 Le point de départ de ce nouveau projet était les robes poèmes de Sonia Delaunay. Je voulais que lʼon porte une robe abstraite qui parle, qui raconte.
 Jʼai donc réalisé des robes à la structure très simple, avec sur chaque face les lettres dʼun alphabet comme jetées au hasard sur la surface.
 Là encore, les entrées référentielles sont nombreuses, mais rien ne remplace le fait de porter une de ces robes, si douces, si lumineuses !

 

Karina Bisch à l’oeuvre !

 


Notes

  1. Jean-Claude Castex, La Ballade des pendues, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2011, p. 65 []

Beauregard